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Franck Leroy ferme d’emblée la porte à toute émancipation alsacienne

 
Dès ses premières minutes de président du conseil régional, l’élu marnais a tué tout suspense : pas question pour lui et sa majorité d’infléchir si peu que ce soit leur attitude envers la CEA. Une zolitique qui laisse présager la poursuite de relations tendues entre les deux collectivités.
 
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Plusieurs questions restaient en suspens à l’ouverture de la séance d’installation solennelle du nouvel exécutif régional, ce vendredi 13 janvier, à 11 h précises, dans l’hémicycle régional de Metz. Non pas sur l’identité des auteurs des tags régionalistes peints à l’aube sur la façade du bâtiment (« Elsass Frei », « Champagne libre », « Rendez nos régions », etc.).
 
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Guère plus à propos de l’identité du successeur de Jean Rottner (personne parmi les présents ne doutait de l’élection imminente du Marnais Franck Leroy ), mais en particulier sur la teneur exacte de la « feuille de route » que l’impétrant délivrerait à l’assemblée, dans la foulée de sa désignation. Facile vainqueur de son adversaire d’extrême-droite Laurent Jacobelli, par 96 voix contre 34, plus 39 votes blancs ou nuls (lire par ailleurs), Franck Leroy allait-il infléchir l’attitude « grandestienne » vis-à-vis de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) ? Ferait-il droit aux délégations de compétences, encore réclamées la veille par son président Frédéric Bierry (lire nos éditions d’hier)  ? Ou bien, à défaut, à une territorialisation accrue des politiques régionales (une demande récurrente des 16 élus du groupe Centristes et Territoires) ?
Autant de points sur lesquels les présents ont vite été fixés. Premier indice, certes subjectif : l’onde réprobatrice parcourant les bancs de la majorité régionale, dès les premiers mots, ou presque, du président de séance, le Mosellan (apparenté RN) Jean-Louis Masson, de nouveau assigné à ce rôle en sa qualité de doyen de l’assemblée : « Je n’imaginais pas, après les élections régionales de juin 2021, devoir procéder si vite à l’élection d’un nouveau président de région… » La démission surprise de Jean Rottner , ajoutée aux départs récents de plusieurs vice-présidents (Boris Ravignon, Arnaud Robinet…), tout cela « porte une atteinte grave à la démocratie », insiste-t-il. « Espérons au moins que ce discrédit facilitera la sortie de l’Alsace du Grand Est. » Bronca immédiate des élus majoritaires, mais on n’en est encore qu’aux escarmouches.
 
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« Le retour aux régions historiques marquerait un recul »

Distribuées quelques minutes plus tard à la presse, les professions de foi des deux candidats en lice pour la présidence - Franck Leroy et Laurent Jacobelli (RN) - permettent de préciser les choses. Sans surprise, le frontiste promet de « soutenir publiquement toutes les initiatives législatives tendant à refaire de l’Alsace une région de plein exercice ».
Le texte du candidat de la majorité, a contrario, vante la pertinence des grandes régions issues de la réforme territoriale de 2015 : « Le retour aux régions historiques, manifestement sous-imensionnées au regard des enjeux, marquerait un recul préjudiciable aux intérêts de nos territoires […]. Oui le Grand Est doit demeurer notre région ! […] J’ai toujours été convaincu que les grandes aventures étaient collectives et non individuelles. »
Sitôt le scrutin dépouillé, le tout nouveau président du conseil régional enfonce le clou de vive voix : le Grand Est est une région qui « contribue au rayonnement de nos identités historiques », qui s’affirme chaque jour davantage à travers l’exercice de ses compétences », qui « voit croître son rayonnement bien au-delà des frontières de notre pays » et qui est « parfaitement reconnue par nos partenaires transfrontaliers ». Difficile d’être plus net, mais la tirade n’est pas encore finie : « Ce point de vue reste sujet à débat dans quelques secteurs de l’Alsace. Mais l’immense majorité des acteurs que nous rencontrons, en Champagne Ardennes, en Lorraine, et bien plus souvent qu’on ne le pense en Alsace, considèrent que les enjeux sont ailleurs. » Une sortie de l’Alsace ? Un combat d’arrière-garde, en somme.

Fin de non-recevoir

Conformément à la règle, la séance est levée pour une heure juste après la fin de ce premier discours présidentiel de Franck Leroy ; l’occasion pour lui d’en mettre une « seconde couche », à la faveur des questions des nombreux journalistes présents. Oui, « bien sûr », il donnera suite à l’invitation de Frédéric Bierry, afin qu’ils puissent tous deux échanger dans les prochains jours ; non, en revanche, il ne pense pas avoir été désinformé par Jean Rottner à propos des intentions réelles de la CEA. Pour le coup, l’idée le fait même sourire : « Désinformé, moi… ? Je ne suis pas un perdreau de l’année ! Et puis, l’accord de Matignon, que Frédéric Bierry a lui-même signé, indique que l’Alsace fait partie du Grand Est. Donc, on respectera les textes. »
Serein et souriant, le nouveau président dit cela d’un ton affable. Sur le fond, son propos n’en constitue pas moins une fin de non-recevoir.