Mais où commence la vallée de Munster ?
🗺️

Mais où commence la vallée de Munster ?

Il y a les frontières administratives, géologiques, historiques, politiques, bien d’autres encore. Et il y a celles du cœur. Le folkloriste Gérard Leser associe régulièrement Turckheim et Wintzenheim à la Vallée des contes. Événement majeur du Minschtertàl, ce festival parcourt depuis bientôt un quart de siècle tous les villages de la vallée de Munster, de Gunsbach à Sondernach, avec des palabres d’ici et d’ailleurs, lorsque les feuilles rougissent.
Cela voudrait dire que le château du Pflixbourg ou la Porte de France font partie du patrimoine de la « vallée » ? La définition du Larousse n’autorise pas d’avis tranché. Le dictionnaire l’identifie comme « une dépression allongée, plus ou moins évasée, creusée par un cours d’eau ou un glacier ». Les conclusions ne sont pas plus probantes en suivant la Fecht, qui irrigue 19 communes de Metzeral, sa source, jusqu’à Illhaeusern, sa confluence.

« Turckheim est sa vraie porte »

Il ne faut pas attendre d’indices fiables des panneaux Vallée de Munster. Celui entre La Forge et Wintzenheim, sur la D 417, est un indicateur géographique avant d’être une borne. Il rappelle surtout aux automobilistes à quoi appartiennent les décors qu’ils traversent. À l’inverse des autres vallées, étroites à leur fondement, à l’instar de Kaysersberg, le commencement de celle-ci est plus large, avant de se resserrer à Walbach et Zimmerbach.
Dans son costume de président de la société d’histoire du Val et de la Ville de Munster, Gérard Leser estime que Turckheim est « la vraie porte de la vallée ». Elle en serait même un maillon. « Une partie de la ville doit son existence à l’abbaye bénédictine Saint-Grégoire de Munster, comme le quartier autour de la cour colongère qui existe toujours. Elle avait aussi des possessions de vignes, et il y a la porte dite de Munster ou l’appartenance à la Décapole, toutes sortes de relations lointaines ».

« On parlait plutôt du Val Saint-Grégoire »

Féru d’histoire lui aussi, le maire de Turckheim, Benoît Schlussel, approuve l’analyse. En citant trois auteurs de référence de sa commune. « Mon chez-moi, c’est Turckheim, ville assise à l’entrée de la Fecht » (Charles Grad, 1888). « L’histoire des premiers temps de Turckheim se confond avec celle de l’abbaye de Munster » (Auguste Scherlen, 1925). « Turckheim est située à l’entrée de la vallée de Munster sur la rive gauche de la Fecht » (André Billich, 1947).
À ses yeux, Turckheim n’est pas dedans, ou dehors. Elle se trouve sur son seuil. « Il faut savoir que pour aller vers Munster à l’époque, il fallait obligatoirement rentrer par la porte de France et ressortir par la porte de Munster, la route n’existait pas. Ensuite, on a enseigné à toute ma génération que nous étions à sa porte ; mais quand on allait plus loin dans l’Histoire, on ne parlait plus de vallée de Munster, mais du Val Saint-Grégoire ».

« Une chose est sûre, on l’a dans le cœur »

Le 64e pape de l’Église catholique serait donc le juge de paix. De l’autre côté, à Wintzenheim, le maire Serge Nicole est sur une ligne similaire. « Quand je marie des nouveaux habitants, et que je présente ma commune, je leur dis souvent qu’ils sont à l’entrée d’une magnifique vallée ». Avec un brin de malice, il ajoute que le constat était irréfutable avant le contournement. « Quand tout le monde traversait encore Wintzenheim, personne ne pouvait vraiment le contester ».
Turckheim est posée dans le prolongement de la vallée. Wintzenheim laisse déjà les montagnes derrière elle. Ce n’est pas le cas de son château du Pflixbourg « qui domine l’entrée de la vallée de Munster », selon les brochures de tourisme, du haut de ses 454 mètres d’altitude. Benoît Schlussel tranche le débat : « Une chose est sûre, on a la vallée de Munster dans le cœur. Mais l’essentiel, c’est qu’on vienne à Turckheim et Wintzenheim, et qu’on boive du vin de chez nous. Le reste… ».

En forme de « bombonne »

Vu d’en haut, Gérard Leser fait une observation : « Si on regarde attentivement une carte, la vallée forme une sorte de bombonne qui ressemble étonnamment à la matrice féminine ». Elle se divise en quatre parties autour de Munster, l’aval à partir de Turckheim avec la vallée du Krebsbach de Soultzbach à Wasserbourg, et la Grande et la Petite vallée à l’arrière. À la sortie, la crête forme sa limite avec le col de la Schlucht ouvert entre 1859 et 1860 par les Hartmann.
Auparavant, trois passages permettaient de se rendre de l’autre côté. « Il y avait le col du Tanet sur l’axe Munster-Valtin, où se trouve la croix Marchal qui rappelle l’histoire poignante d’enfants morts de froid en 1844 ; le Hohneck pour descendre à Gérardmer ; et un dernier passage qui reliait Munster à La Bresse en passant par Mittlach et le chemin qui monte vers Steinwasen ». Là au moins, la frontière est claire, et le panorama s’échappe loin.