Massif vosgien. Ils voulaient transformer la friche de l'Altenberg en hôtel: les pilleurs de stations de ski condamnés
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Massif vosgien. Ils voulaient transformer la friche de l'Altenberg en hôtel: les pilleurs de stations de ski condamnés

« Vous projetiez vraiment de vous lancer dans la réhabilitation pharaonique d’un site aussi vaste et délabré que l’ancien centre de cure de l’Altenberg [à Stosswihr], à 1 100 mètres d’altitude, en commençant ces quelques travaux ? », a répété, incrédule, le président de l’audience correctionnelle Jean-François Assal.
« On en aurait eu pour des années, mais j’avais réussi à obtenir le numéro de téléphone du propriétaire pour lui faire une offre. Son accord n’était toutefois pas écrit et on n’a échangé que par téléphone », assure Lucas Kasprzykowski, un habitant de Roderen âgé de 24 ans, chef d’une petite entreprise de vente de piscines et de jacuzzis quelque peu endetté, condamné deux fois pour des vols lorsqu’il était mineur.

Un ancien gendarme adjoint

« Quand bien même vous auriez mené à bien ce projet surréaliste, le propriétaire aurait ensuite pu vous chasser ! », a martelé le magistrat. Cela n’a pas empêché le jeune Haut-Rhinois d’aménager une petite pièce avec deux canapés pour y dormir et d’organiser des surveillances de la friche en confiant des talkies-walkies à des connaissances, sur ce site bien connu des amateurs d’urbex (exploration urbaine).
Les autres prévenus, deux amis d’enfance qui auraient rencontré récemment Lucas Kasprzykowski, ont été mis à contribution, surtout le plus jeune : Hugo Oberlin, un Munstérien âgé de 22 ans, ancien gendarme adjoint volontaire à Ensisheim, où il lui est par ailleurs reproché d’avoir dérobé un gyrophare et un bâton de défense. S’est-il fait « retourner le cerveau » par l’instigateur du projet ? Toujours est-il qu’il lui a prêté main-forte pour les 18 faits reprochés dans le Haut-Rhin – à Orbey, Aubure, Kaysersberg Vignoble, Guémar, Lautenbach, Soultz, Oderen, Roderen, Wittelsheim ou encore Wittenheim – et les Vosges, au cours des deux derniers mois.

Le Markstein pourra-t-il ouvrir à temps ?

Ces « vols en réunion, par ruse, avec effraction ou escalade, dans des lieux d’entrepôt » ont abouti à une véritable razzia nocturne, notamment dans diverses entreprises et des stations de ski, en particulier celles du Markstein, du lac Blanc, de La Bresse et de la Mauselaine, à Gérardmer, ou encore dans l’ancien centre de réadaptation du Muesberg, à Aubure. Le troisième larron, un Munstérien de 24 ans, a reconnu avoir parfois « fait de la surveillance » à l’Altenberg, mais a nié s’être rendu dans certains lieux des vols, notamment au Markstein.
Le montant du butin retrouvé stocké à l’Altenberg est évalué à quelque 200 000 €, dont plus de 96 000 € rien que pour le préjudice matériel de la station de ski du Markstein-Grand Ballon. « Tant de matériel et d’outils ont disparu, ou sont désormais hors d’usage, que les canons à neige et la billetterie informatique toute neuve, par exemple, ne fonctionnent plus. Le personnel met tout en œuvre pour que la station puisse ouvrir, théoriquement mi-novembre en cas de neige suffisante. Mais à ce jour, rien n’est sûr, les 45 emplois saisonniers pourraient être impactés », a plaidé l’avocate du syndicat mixte, Me Marie Kochersperger, en soulignant que les pilleurs n’avaient pas hésité à voler un système de vidéosurveillance pour l’installer à l’Altenberg.

Jusqu’à trois ans ferme

« Mais pourquoi dérober, en plus d’engins de chantier, des choses comme un quad, une motoneige ou une roue de dameuse ? Ces vols n’ont-ils pas été commis pour l’adrénaline ? », a interrogé le président de l’audience, sans obtenir de réponse cohérente. Le parquet a suggéré que cela pouvait être destiné à la revente, avant de requérir trois ans de prison ferme pour le duo principal et un an ferme pour le complice : « L’idée de rénovation était aussi farfelue qu’illusoire, mais les vols étaient bien organisés ! »
Le tribunal correctionnel a condamné Lucas Kasprzykowski à trois de prison ferme, Hugo Oberlin à trente mois ferme, à purger également immédiatement, et leur complice occasionnel à douze mois avec sursis probatoire.
Les trois véhicules ayant servi à la commission des infractions, dont une camionnette d’entreprise et une grosse BMW, ont été confisqués ainsi que leurs téléphones portables.